Test Blu-Ray : Melancholia

Publié le par la Rédaction



Notre lecture du film de Lars Von Trier dévoile certains clés de l'intrigue et s'adresse à ceux ayant déjà découvert le film au cinéma ou en vidéo disque.

Lecture du film

La mélancolie se réduit-elle simplement à une pure psychose maniaco-dépressive ? Ne peut-elle pas être considérée comme l’élan initiateur du génie artistique ? La mélancolie n’est-elle pas d’ailleurs la source du génie de ce réalisateur controversé qu’est Lars Von Trier ?

Ces questions vous viendront à l’esprit lorsque vous découvrirez ou redécouvrirez Melancholia en Blu-ray, un film que nous jugeons tout simplement sublime. Enigmatique, le long-métrage navigue subtilement entre réalité et rêverie. Il s’attache avant toute chose à dresser une représentation riche et inédite de ce vaste thème qu’est la mélancolie, une puissance que Lars Von Trier cherche visiblement à nous faire redécouvrir.

Claire (Charlotte Gainsbourg) accueille dans sa grande maison le somptueux mariage de sa petite soeur Justine. Mais Justine (Kirsten Dunst) perd peu à peu ses illusions et le monde idéal qu'elle s'était crée. Ce pouvait être le plus beau jour de sa vie, mais Justine est triste et la fête tourne bien mal. Au même moment, une planète inquiétante au nom de Melancholia se rapproche dangereusement de la Terre et menace d’entrer en collision. 

Le prologue

En apparence, Lars Von Trier semble dresser dans ce film un portrait bien sombre du monde contemporain et de sa destinée, comme si le réalisateur était lui-même, à l’image de l’héroïne Justine, atteint d’une bien profonde dépression. En accord avec cette vision, la mélancolie supposée du cinéaste semblerait bel et bien s’assimiler à une pathologie, un état dépressif qui lui faudrait soigner à l’aide d’anti-dépresseurs. En l’occurence, le metteur en scène semblait bien atteint d’une folie pure au dernier Festival de Cannes. En pleine conférence de presse, il ose braver l’interdit ultime en affirmant haut et fort saisir le personnage d’Hitler et sa psychologie. Lars Von Trier est-il devenu fou ?

Structuré à l’image d’une planète, c’est-à-dire de façon circulaire, son film, justement baptisé Melancholia, débute aussi sur une représentation fantasmée par le cinéaste de la fin du monde. Ni plus, ni moins. Et le film se clôture, tel un cycle cosmique achevé, sur cette même représentation. Von Trier se réjouit-il de mettre en scène l’apocalypse ? L'impact du prologue pèsera en tout cas lourdement sur le spectateur qui, en quelques minutes à peine, a pris conscience de l’inéluctable. Rien de bien réjouissant en somme. Même si les images déployées en slow-motion dans ce prologue se montrent magnifiques.

Première partie : Justine

La première partie du film gravite autour de Justine, l’héroïne à qui tout semble réussir et qui s’apprête à célèbrer, en famille, son mariage. Pourtant, c’est davantage une rupture que Lars Von Trier met en scène dans cette première partie, une rupture qui s’assimile, dans une logique purement initiatique, à une désunion bienfaitrice. Justine quitte symboliquement l’environnement familier, conditionné, auquel elle est habituée - le monde profane - pour entrer en terre nouvelle, sur un parcours qui lui est inconnu. Elle tente en tout cas d’échapper au jeu et aux différentes normes qui ont conditionné jusque-là son existence. Elle brave pour ce faire différents interdits. En fait, Justine est le jouet des conventions qui exigent d’elle bonheur et réussite. Elle n’est pas heureuse.

Lors de la célébration de mariage, supervisée dans ses moindres détails par sa soeur ainée, ses absences sont légions. Aussi, une nouvelle force semble envahir progressivement la mariée à mesure qu’elle échappe volontairement aux protocoles de l’évènement et qu’elle prend conscience peu à peu de la présence de la planète Melancholia. A ce moment du film, celle-ci s’apparente à une étoile lui offrant la conscience de sa propre aliénation, mais une étoile dont l’origine et la nature se veulent encore difficiles à déterminer. Tout cela est bien sûr symbolique. Ici l’analogie entre cette planète Melancholia et l’exil entamé par l’héroïne, percevant au-delà des apparences, se veut splendide. Plongée peu à peu dans le refus systématique, Justine semble plus tard tomber, aux yeux de ses proches, dans une dépression profonde. Est-elle folle pour autant ?

Von Trier dresse surtout dans cette première section un sombre tableau familial, représentation du désastre de l’environnement mondain dont Justine était à la fois la spectatrice impuissante, la prisonnière et la victime. Par le biais de l’expérience d’une mélancolie naissante, Justine parvient à franchir un seuil important : une invitation à considérer son environnement, son monde, comme une entité reposant sur une illusion. Tout est mortel et illusoire. L'initiation qu'elle entame est un choc.

Seconde Partie : Claire 

Pour autant, nous n'approchons pas encore de la fin du film. Cette phase de rupture précitée est bien représentée chez Lars von Trier, non comme une fin en soi pour le personnage Justine, mais comme une première étape essentielle vers sa propre réalisation, son parcours héroïque. S’ouvre à ce moment le second acte du film au cours duquel Von Trier inverse la tendance et réconcilie l’héroïne avec son environnement, en lui infusant une sagesse nouvelle. Comme si la mélancolie dont il est question dans le film était à la fois cousu de deux fils s’entrecroisant : la folie et le génie. Notez que cette deuxième partie porte désormais sa cible sur le personnage de Claire, la grande soeur de Justine interprétée par Charlotte Gainsbourg. A nos yeux néanmoins, Justine reste encore au centre des préoccupations du cinéaste.

Emprise par la puissance dévastatrice de la dépression, Justine est alors recueillie par sa soeur Claire et son mari. Moins agitée, la caméra semble se reposer davantage. On apprend dans le même temps que Melancholia se rapproche inéluctablement du globe terrestre et menace de mettre fin à la vie sur terre. Progressivement, ce sont les failles de Claire, un personnage entreprenant, et qui semblait avoir le contrôle sur les choses, qui vont nous être dévoilées. L'imminence de la mort la détruit complètement jusque dans ses fondements les plus intimes. Claire fait partie de ces personnes qui ne se sont pas posées les questions quant au sens réel de leur incarnation. La planète Melancholia apparaît à ses yeux comme un obstacle qui lui empêche de vivre dans le principe de plaisir entretenu par la société de consommation. C’est elle, Claire, qui semble atteinte de folie dans la second acte du film de Lars Von Trier.

A l’opposé, Justine assume et accueille l’arrivée de Melancholia avec une sérénité qui frôle l'indécence. Grâce à sa propre mélancolie qu’elle a su actualiser, Justine est parvenue à franchir un seuil important : l’exil, la prise de recul nécessaire à la contemplation, l’acceptation de l’impermance des choses et du monde. Melancholia est attendue par Justine comme une opportunité d’accomplissement individuel et de réalisation. Les différentes étapes de cette seconde partie du film vont ainsi représenter autant de marches pour l’héroïne vers sa culmination. En fait, la mélancolie de Justine l’amène sur la voie d’une profonde réalisation alchimique, une réalisation qui trouvera son apogée dans une scène finale de communion effectuée sous une tente magique. Von Trier célèbre à ce moment le mariage du ciel avec la terre, et du point de vue de Justine, le moment où elle devient un être littéralement transcendé. Entre temps,  Justine a d'ailleurs intégré les énergies transcendantes de la planète qui se sont révélées à elle. Telle une fille de Saturne, la planète de la mélancolie, Justine affirme connaître le monde. Elle affirme avoir l’intuition des choses. Elle manifeste par ses actes, à l’image d’un enfant, l’imagination du créateur, source du génie de l’artiste, et cela jusqu’à la tout fin du film. Manifestations qui nous ramènent d’ailleurs, tel un cycle achevé, aux plans inauguraux du métrage, qui, finalement, aux yeux du spectateur, se révèlent être les créations de Justine. Ces dernières se montrent d’une beauté plastique étonnante, associant de multiples références picturales et  différents archétypes tout droit sorties d'un inconscient collectif,  la source d’inspiration véritable des grands artistes.

Conclusion

En nous mettant en scène l’apocalypse, Lars von Trier lève le voile sur sa source première d’inspiration. A nos yeux, son génie est d’avoir conféré à la fin du monde une vision toute belle, symbolique, et surtout pleine d’espoir pour le spectateur. Derrière l’apparence d’une vision dépressive et cauchemardesque du monde, le metteur en scène nous invite à reconsidérer cette puissance qu’est la mélancolie, l'assimiler, et nous révèle en images qu’elle peut-être une vraie puissance intérieure, une source de création et d’expression artistique.

Un film à découvrir et à redécouvrir et qui a le mérite de receler bien d’autres énigmes, bien difficiles à élucider pour celui qui se limite à un seul visionnage.

Qualité Technique


Caractéristiques

Vidéo : Transfert 1080/25i, Encodage MPEG-4 AVC (Débit moyen de 26720 Kbps) / Format 2.35
Audio : Anglais en DTS-HD Master Audio 5.1 (Débit moyen de 1785 kbps / Encodage 16-bit), Français en DTS-HD Master Audio 5.1 (Débit moyen de 4031 kbps / Encodage 24-bit)
Sous-titres : Français

Qualité Vidéo

Melancholia est une oeuvre intégralement réalisée en numérique. Lars Von Trier a employé deux modèles de caméra numérique : la nouvelle Arri Alexa et la Phantom HD Gold. C’est cette dernière qui autorise de filmer à très haute vitesse et qui est à l’origine de l’incroyable prologue de Melancholia, un prologue d’une beauté absolue en Blu-ray.

Cette édition délivre des images qui ne déçoivent aucunement. Les scènes tournées en Arri Alexa bénéficient d’un rendu doux et très cinématographique, tout en étant exemptes de granularité déplaisante (oeuvre numérique oblige). Le niveau de définition est tout simplement excellent tout au long du film, en dépit des parties pris du cinéaste qui peuvent déstabiliser le spectateur. On pense au tournage effectué de façon documentaire, caméra à l’épaule : une manière de capter sur le vif l’énergie instinctive déployée par les acteurs. Les changements de mise au point sont réalisés sur le vif, en direct, renforçant l’instabilité précitée.

Les contrastes sont très positifs eux aussi. Les noirs sont profonds et les tons jaunes-orangés se révèlent totalement insondables sur les scènes d’extérieur nuit, lors de la première section du film portant sur le mariage de Justine. L’étalonnage des couleurs est très soigné, a été très étudié, avec une première section favorisant les tons chauds et une seconde partie les tons froids de la planète Melancholia. Pour le reste, on ne note aucune faute d’encodage. Il a été réalisé en MPEG-4 AVC et se veut fort d’un débit moyen de 26720 kbps. Ce qu’on regrette malgré tout, c’est que l’éditeur nous offre un transfert cadencé à 25 images par seconde (1080/25i) en lieu et place du 1080p24 qu’on attendait sur ce titre.

Qualité Audio

Bonne nouvelle : l’éditeur propose VO et VF en DTS-HD Master Audio 5.1. La VF bénéficie sur le papier d’une petite supériorité puisqu’elle tire profit d’un encodage sous 24-bit contre 16-bit pour la VO. Le niveau d'enregistrement sonore y est d’ailleurs plus élevé. Préferez malgré tout la VO qui sonne plus équilibrée à l’écoute et authentique au travers ses bruitages d’arrière-plan.

On a aimé cette piste DTS-HD en raison notamment de l’ampleur déployée lors du merveilleux prologue en slow-motion. Dès l’entame du film, le mixage fait résonner le somptueux Tristan et Isolde de Wagner avec générosité et volume y compris sur la scène arrière, particulièrement active sur les prestations musicales. Il subsiste également sur cette piste une dynamique qui, curieusement, a su se montrer impressionnante, notamment lors de la scène finale. Les descentes de graves se montrent également palpables, étant employées notamment pour illustrer l’arrivée progressive de la planète Melancholia. Sur le reste du film, c’est-à-dire sur les scènes de vie, sur les scènes moins poétiques, la mise en scène sonore reste sobre, sans chercher à surprendre le spectateur sur le plan 5.1. L’activité arrière, au-delà de la seule présence musicale, se montre sans créativité notable, en accord avec le style relativement réaliste du film dont le tournage a été effectué caméra à l’épaule. C'est une belle section.

Bonus


Autour du film (SD - 11.28 minutes)
Un très bon document revenant sur les thématiques développées dans le film ainsi que les personnages principaux. On y retrouve notamment des interviews de Lars Von Trier, Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg.

Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 (SD - 41.12 minutes)
D'abord, félicitons l'éditeur de proposer dans son intégralité cette conférence de presse qui a suscité une grosse polémique en son temps. On craignait que ce document allait être censuré. Et bien non ! Il s'agit de la conférence de presse dans son intégralité. Lars Von Triers répond aux questions de façon énigmatique et surprend tout le monde à la fin de la conférence. Succulent !

Filmbyen - Documentaire (SD - 54.05 minutes)
Filmbyen ? C'est une ville-cinéma crée par Lars von Trier et Peter Aalbeck Jensen. Cette société regroupe tous les corps de métiers du cinéma. Ce documentaire d'une heure retrace l'histoire de Filmbyen, son mode de fonctionnement, les enjeux artistiques et économiques qu'elle soulève au sein de l'industrie cinématographique mondiale, à partir d'images d'archives, et des extraits de films.

Eclairage scientifique (SD - 4.05 minutes)
Un petit document sur les bases scientifiques sur lesquelles s'appuie le scénario de Melancholia, un scénario catastrophe plausible nous dit-on.

La plastique du film (SD - 9.31 minutes)
Un document très interessant revenant sur l'enveloppe visuelle du film, la photographie et les effets spéciaux.

Les effets spéciaux (SD - 6.42 minutes)
Présentation complète des effets spéciaux de Melancholia.

Conclusion et Screenshots HD


Melancholia est un film sublime que nous vous recommandons chaleureusement de découvrir en Blu-ray Disc. Potemkine propose une belle édition, nourrie de succulents bonus et forte de la présence de pistes en DTS-HD. Les images, tournées en numérique (caméras Arri Alexa et Phantom Gold) sont superbes sur le plan HD. On regrette toutefois que l'éditeur nous propose un transfert en 1080/25i (cadence de 25 images par seconde) en lieu et place du 1080p24 traditionnel qu'on attendait logiquement sur ce titre.

Un film énigmatique qu'on vous recommande de visionner, qui plus est en cette année 2012 que certains prophéties annoncent apocalyptique.

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Screenshots HD (Extraits redimensionnés en 1280 x 720 pixels et encodés au format .jpg)

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