Robocop : c’est aussi une vision très critique de la société contemporaine, opérée sur le registre du ridicule. Le film met en avant toutes les caractéristiques du capitalisme et de l’ultra-libéralisme moderne tout en cherchant à les ridiculiser. La ville est d’abord maîtrisée par une seule et unique multinationale OCP, Omni Consumer Products. Cette dernière contrôle certes la sphère marchande de la ville mais aussi les domaines relevant jusque là du public (les hôpitaux, l’urbanisme, mais surtout la police). « La loi de la jungle » règne au sein de cette société. Pire, les gangs, à l’origine de l’insécurité que la police (donc OCP) est chargée de maîtriser est elle-même soutenue par le numéro 2 de cette multinationale. Robocop est finalement chargé de rendre sûre une ville que son concepteur a lui-même cherché à rendre instable. Tout cela relève d’ailleurs d’une logique capitaliste à l’état pur, la création d’une demande de sécurité satisfaite par le biais de la marchandisation de Robocop permettant simplement de faire fructifier les profits de la multinationale. Heureusement que tout cela ne relève que de la fiction... (?)

La critique rejoint d’ailleurs la vision qu’a dépeinte plus récemment George Lucas au sein de sa nouvelle trilogie Star Wars, la création des soldats clones (parlons de « L’Attaque des Clones ») ayant simplement permis au futur empereur Palpatine d’imposer l’ordre et la sécurité (et par là-même sa « Revanche de Sith »), venant en réponse à l’instabilité et à la menace qu’il avait lui-même intelligemment ficelé (en bref une « Menace Fantôme »). La critique sociale de Verhoeven est heureusement plus adaptée au grand public puisqu’elle s’opère sur le registre de l’exagération d’où le côté véritable série B. La scène de confrontation opposant les hauts placés de la multinationale OCP se passera d’ailleurs …aux toilettes, un lieu lui même rendu contrôlé (« un badge est obligatoire pour pisser »), et où les cours de la bourse s’affichent au dessus de chaque urinoir. Le message est on ne peut plus clair et fort : en bref du Verhoeven comme on l’aime.

Le style série B de Robocop sert finalement tout le projet. Les scènes de violence sont éminemment exagérées et frisent même le ridicule. L’assassinat de Murphy est sanglant et vraiment peu crédible, tout comme l’acharnement thérapeutique qui s’en suit. On est donc bien ici dans le registre de la caricature et du second degré. Mais l’exagération sert finalement à apaiser l’aspect terriblement violent de ce film ainsi qu’à renforcer la critique de cette société moderne, un élément qui a du mal à apparaître inaperçu du fait de son omniprésence. Il s’agit donc là d’un film qui satisfera le grand public par son histoire au manichéisme on ne peut plus simpliste, l’idéalisme des jeunes enfants en quête de socialisation (« Les petits garçons ont besoin de modèles » comme dit Murphy) tout en créant une peinture de notre « société-jungle moderne » à la fois franche, massive et puissante par son ridicule vrai.
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