Le Vendredi 1 août 2014
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« La 3D ne pourra jamais fonctionner » selon le multi-oscarisé Walter Murch

La 3D relief est à la mode depuis la sortie et l’énorme succès au box-office d’Avatar de James Cameron. Mais elle ne suscite toujours pas l’enthousiasme général. Certaines grandes personnalités du cinéma se sont déjà prononcées contre la 3D. Il en fut il y a quelques mois de l’éminent critique Roger Ebert qui relatait les principaux défauts de la 3D relief actuelle, du réalisateur John Carpenter ou encore de Christopher Nolan. Le port des lunettes obligatoire, la perte de luminosité des projections 3D relief, et le prix des billets, restent souvent les principaux arguments mis en avant.


Aujourd’hui, c’est Walter Murch, un très célèbre sound designer et monteur, oscarisé à plusieurs reprises et à qui l’on doit d’avoir travaillé sur THX 1138 de George Lucas, Apocalypse Now ou encore Le Parrain 3 de Francis Ford Coppola, qui s’est prononcé à l’égard de la technologie. Et son avis a le mérite de sortir quelque peu des sentiers battus puisqu’il propose un argument que l’on évoque trop peu souvent.


Dans une lettre adressée à Roger Ebert, Walter Murch, monteur de Captain Eo (3D) en 1986, et qui connaît donc parfaitement le principe de la technologie, a expliqué pourquoi, selon lui, la 3D ne fonctionne pas et ne pourra jamais pleinement fonctionner sans fatiguer le spectateur. Pour lui, la technologie pose un problème fondamental que notre cerveau humain ne pourra jamais pleinement résoudre. L’explication fournie est assez technique mais repose sur l’absence de synergie entre les plans de convergence et d’accomodation, un dilemme qui selon Murch ne pourra jamais être résolu avant l’arrivée des véritables hologrammes.


Murch rappelle dans un premier temps que la vision naturelle repose sur une synergie accommodation/convergence. On peut rappeler rapidement que l’accommodation est la fonction adaptative de l’oeil qui permet d’assurer la netteté des images pour des distances différentes de vision. La convergence est quant à elle le mouvement qu’effectuent les deux yeux lorsque, par exemple, nous regardons un sujet précis dans l’espace. Les deux yeux effectuent un mouvement et se fixent au même endroit. L’axe varie bien entendu en fonction du positionnement de l’objet par rapport au spectateur. Une personne observant des objets proches aura tendance à croiser ses yeux. Au-delà de plusieurs mètres, l’axe de chaque oeil deviendra davantage parallèle.


A ce titre, en vision réelle, il est important de rappeler que l’homme accommode et converge sur le même sujet. Au cinéma 2D, le spectateur accommode et converge sur l’écran, quelque soit l’éloignement du sujet. Les plans de convergence et d’accomodation sont dans les deux cas confondus. 


Néanmoins, au cinéma 3D relief rappelle le sound designeur, le spectateur accommode toujours sur l’écran tandis qu’il converge - pour fusionner les points homologues aux images gauche-droite - en fonction de la distance virtuelle et variable du sujet. Et pour Murch, la prouesse est bien sûr réalisable - sans quoi les films en 3D ne fonctionneraient pas. Par contre, cela revient selon lui « à se tapoter la tête tout en se frottant le ventre » c’est-à-dire que cela occasionne des difficultés prononcées pour notre cerveau.


« Ainsi, le « CPU » de notre cerveau perceptif doit travailler dur et de façon supplémentaire, ce qui explique pourquoi au bout de 20 minutes autant de gens ont des maux de tête. Les films en 3D imposent aux spectateurs une pratique à laquelle même 600 millions d’années d’évolution ne les ont jamais préparés. Il s’agit d’un problème de fond, auquel aucune tentative de peaufinage technique ne pourra résoudre. »


Walter Murch, en vraisemblable opposant à l’euphorie 3D actuelle, enfonce le clou en évoquant d’autres problèmes : la perte de luminosité lors des séances, le port des lunettes, le prix des billets… Il conclue sa lettre sur l’interrogation suivante :


Combien de temps cela prendra-t-il aux gens pour réaliser tout cela et pour commencer à en avoir marre ?