Il est clair qu’Andrew Dominik, réalisateur de ce film bénéficiant de l’interprétation de Brad Pitt, a su créer une véritable surprise. Il est parvenu à générer une œuvre dotée d’un style qui lui est unique et qui surfe certes sur des dimensions populaires (Brad Pitt, Western, Récits mythiques) mais tout en conférant l’idée d’une œuvre lyrique. Car L’assassinat de Jesse James ne retrace pas un duel propre au genre classique du Western, mais une vraie confrontation psychologique. Ce sont tour à tour les différents états d’âmes des protagonistes qui sont mis en images et représentations. Et Dominik nous les présente en s’appuyant sur une mise en scène plutôt somptueuse.

Ce film est doté d’une dimension contemplative certaine. Se succèdent non des scènes d’action, mais des visages, des paysages, des sentiments, le tout sous un rythme profitant d’une lenteur obsédante et envoutante. L’attaque du train à main armée est présentée de façon littéralement somptueuse. Une lumière venue de loin vient perforer l’obscurité. Les paysages sont eux même présentés de façon presque photographique. L’ambiance sépia et les tons les plus ocres permettent de restituer un Ouest américain dont on pourrait devenir effectivement nostalgique. L’esthétisme du film dispose finalement d’un parfum très poétique.
C’est aussi le versant héroïque que Dominik cherche non à explorer mais à limiter la portée. Le Jesse James présenté est un homme avant tout et non une légende. Ses actes ne font pas sa fierté. Les nombreux récits sont pour Jesse des foutaises. Le héros n’est pas idéalisé !

A la prestance naturelle de l’acteur s’oppose ainsi le déchirement intérieur du personnage. Jesse James est finalement au-delà du mythe, présenté en tant que personnage très nuancé, difficile à cerner. Et le réalisateur s’appuie sur de nombreux outils cinématographiques pour exposer ce portrait d’un être humain avant tout (plus qu’un héros). De nombreux plans flous jalonnent ainsi le récit et permettent de susciter l’idée suivante : le héros est une figure construite, déconstruite, et reconstruite au fil du temps… Et c’est là où ce film excelle : L’assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford nous offre un nouveau regard poétique, flou, et nuancé de cette figure héroïque qu’est (devenu) Jesse.
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