La transformation que doit subir le protagoniste est donc plus subtile. Elle est évoquée d’ailleurs de plusieurs façons. Tout d’abord, par l’opposition scientifique / athlète. Là où Jeff Goldblum excelle : il est un acteur parvenant à s’introduire dans un personnage partagé par son apparence d’intello matheux et asocial, à un homme profitant d’un véritable corps d’athlète. La transformation du personnage s’effectue donc sur le rapport au corps. Seth passe finalement de l’intellect au corporel. Le début de film présente le personnage en tant qu’homme pudique, réservé, et finalement peu soucieux de son image (son armoire est remplie de plusieurs modèles du même costume), à un homme finalement amoureux des plaisirs et des capacités de son corps (rapports sexuels à répétition, sublime scène de gymnastique, bras de fer sanglant).

La transformation est également émotionnelle. Seth passe en effet d’un homme bon, éloigné des plaisirs de la reconnaissance sociale, à un être finalement égocentrique, jaloux et qui finit par exprimer son désir de devenir une créature unique en son genre. "J'aimerais être le premier insecte politicien" : c’est le désir et l’envie de contrôle d’un scientifique acharné qui conduira l’homme-mouche à sa perte.
Mais l’idée de la transformation emprunte également le registre de la maladie. Cronenberg revendique d’ailleurs cette dimension métaphorique de La Mouche. Seth prend peu à peu conscience de son corps malade. Après le déni, il en vient à accepter l’idée de l’inéluctabilité de la transformation et de ses conséquences : la mort. C’est d’ailleurs sur le plan émotionnel que La Mouche excelle. Le rapport à la maladie est évoqué du point de vue subjectif du malade (Seth se rend compte devant son miroir que son corps tombe en ruine), mais aussi familial (comment doit et va réagir Veronica face à la mort certaine de son amant).

La Mouche est finalement une vraie figuration du rapport de l’homme à la maladie : découverte, déni, transformation du corps, réaction de la société et des proches et mort. Ce film d’il y a 22 ans n’a donc, par l’importance de ces thèmes, pas vieilli. Certains y ont vu il y a 20 ans une allégorie faite sur le SIDA, d’autres pourront y voir désormais une métaphore portant sur l’euthanasie : il en restera finalement un film mêlant à la fois l’horreur, la science fiction le tout sous une ambiance très théâtrale. (La Mouche sera d’ailleurs prochainement transposée en pièce d’opéra visible du 2 au 12 juillet 2008 au théâtre du Châtelet à Paris et sous la direction même de Cronenberg).
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