On ne peut pleinement comprendre les trois dernières œuvres de Gibson (Braveheart, La Passion du Christ, et Apocalypto) sans retourner à la vision qu’a dépeinte de l’homme et de la violence ou plutôt du sacrifice (exécution héroïque de William Wallace, crucifixion du Christ, sacrifice en masse des Mayas) de l’anthropologue René Girard. Ce dernier fut lui-même très controversé puisqu’il a lui même dépeint une vision du désir humain et du sacrifice assez particulière et finalement au cœur de la vision de Gibson. L’hypothèse de ce chercheur est finalement plutôt simple. L’homme se distingue des autres espèces animales par un désir dit mimétique. L’homme désire imiter son semblable. C'est parce que l'être que l'homme a pris comme modèle désire un objet que l'homme se met à désirer celui-ci. En somme, l'objet n'a de valeur que parce qu'il est désiré par un autre, et ce désir mimétique entraîne par nature la génération de conflits. Finalement, c'est la nature de l'Homme qui est en fait elle-même corrompue.

Les animaux se sont approchés de l'Homme et ont dit : "Nous n'aimons pas te voir triste, Demande ce que tu veux et tu l'auras."
L'Homme a dit : "Je veux de bons yeux." Le Vautour a répondu : "Tu auras les miens"
Puis l'Homme a dit : "Je veux être fort!" Le Jaguar a dit : "Tu auras ma force".
Puis l'Homme a dit : "Je veux connaître les secrets de la terre." Le serpent a répondu : "Je te les montrerai". Ainsi ont répondu tous les animaux...
Mais le hibou a répondu : "Non, j'ai vu un vide dans l'Homme...immense comme une faim impossible à rassasier...C'est ce qui le rend triste et vorace. Il va prendre et toujours prendre jusqu'à ce qu'un jour, le Monde dise :"Je ne suis plus et je n'ai plus rien à donner"
Ce conflit, se généralisant à l’échelle d’une société se doit d’être collectivement résolu pour que celle-ci existe et perdure. Une manière ainsi de résoudre un tel conflit pour une société et ses dirigeants consistera à inciter ses membres à s’accorder sur l’origine même de ce dernier. Vient ici l’idée de la victime, l’innocent, le bouc-émissaire à sacrifier. C’est par le sacrifice qui acquiert dans cette mesure une dimension sacrée qu’une société parvient à rétablir pour un moment la paix.
Cette remarque s’appliquera tant à La Passion du Christ de Gibson (Pilate se voit dans ce film dans l’obligation d’ordonner la crucifixion du Christ non pour répondre à une volonté manifeste des juifs, mais pour rétablir l’ordre public d’une société entière visiblement en grand désordre), qu’à Apocalypto au sein duquel les pauvres ruraux sont sacrifiés en haut d’une pyramide pour satisfaire à la fois les exigences d’une société mourante, en mal d’équilibre et celles de ses dirigeants toujours en quête d'une forme de légitimité et de pouvoir sur le peuple (celle-ci s'effectuera par la manipulation de la foule clairement mise en relief dans ce film lors de la fameuse éclipse solaire). C’est la raison pour laquelle le sacrifice présenté chez Gibson dispose toujours d’une dimension sociale, sacrée et finalement cruelle pour le spectateur toujours attaché grâce au génie de ce réalisateur au point de vue de la victime.

"Ce sont des jours de grandes lamentations. La terre a soif. Une terrible peste a infecté nos récoltes. Le fléau de la maladie nous frappe au gré de son caprice. On dit que ces déchirements nous ont affaiblis, que nous sommes diminués, que nous pourrissons. Grand peuple de la bannière du soleil. Je dis que nous sommes forts ! Notre peuple a été choisi...Puissant Kukulkan ! Dont la fureur pourrait réduire cette terre à néant...laisse-toi apaiser par ce sacrifice. Pour exalter ta gloire et rendre la prospérité à ton peuple !"
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