C’est d’ailleurs l’atmosphère générale (un homme seul face à un monde infecté), qui séduira les spectateurs. L’attachement au chien, bien qu’encore éloigné du roman de Matheson, est plutôt réussi. On tombe ainsi dans la détresse lorsque Neville perd son compagnon et on se rend compte que la force de Robert n’était que façade et apparence. L’homme est d’ailleurs perdu lorsqu’il rencontre cette mère de famille accompagnée de son fils tout comme le fut le personnage du roman avec Ruth. L’absence de relation sociale lui a fait perdre une partie de son humanité, et là où veut nous mener finalement Lawrence : la rédemption. Elle s’effectuera par la « foi », un sujet qui n’est finalement que trop peu abordé pour que la fin suscite chez nous l’enthousiasme. Robert devient en effet le Christ d’après 2012, une légende en quelque sorte par le fait qu’il sauvera l’humanité par son don de soi. La lumière contre les ténèbres : en bref, un thème qui, si présenté aussi simplement, ne suffit plus aujourd’hui à nous satisfaire tant il a été visité et revisité.

En quoi finalement ce film dénature l’ouvrage sur lequel il s’appuie : la fin et le sens.
Matheson avait eu l’originalité d’inverser l’ordre social pour mieux en montrer le fonctionnement et les grands principes. Le Robert du roman n’est pas devenu une légende pour la société humaine qu’il sauvera, mais pour la société vampirisée alors en émergence. Robert, dernier homme au monde, était devenu finalement sans s’en apercevoir le « Dracula » du roman de Bram Stocker aux yeux d’une nouvelle société dominée par les vampires. Vivant seul, en ermite, capturant et tuant ses proies, Robert représentait le dernier homme pour la société « vampirisée », le sujet de toutes les craintes, tout comme le fut en quelque sorte le monstreux Dracula à nos yeux, représentant à lui seul une légende pour notre société humaine. L’ouvrage se terminait par la découverte de Robert sur lui-même : « A présent, c’est moi, le monstre… ». Le concept de « normalité » n’avait de sens qu’aux yeux d’une majorité, après tout… ».
Matheson en nous présentant l’histoire de la sorte avait eu l’originalité de nous inculquer l’idée d’un Robert devenu monstre aux yeux des montres. C’est finalement sans surprise, que la seconde version « Alternate » (dite d'ailleurs controversée) du film incluse au sein de ce Blu-Ray Disc se distingue de la version cinéma par une nouvelle fin, nous présentant les hommes de l’ombre beaucoup plus humains et un Neville finalement responsable de leur colère.
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